“L’enfer des migrants, pris au piège en Libye”

“L’enfer des migrants, pris au piège en Libye”

Selon l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), plus de 17 000 migrants au total sont morts ou portés disparus en traversant la Méditerranée depuis 2014 . Parmi eux, 85% passent par la Libye, principale voie d’accès à l’Europe depuis l’Afrique. Cependant, la Libye n’est pas une simple étape.

D’après une interview de France Info le 15 novembre 2017, François Gémenne, chercheur en sciences politiques à Sciences Po Paris et spécialiste en flux migratoires, décrit la Libye comme « une sorte de camp de concentration à ciel ouvert pour les migrants». 

Des hommes et des femmes en quête de liberté ont tout quitté pour rejoindre l’Europe et se retrouvent entre les mains de trafiquants sans scrupule qui profitent de leur situation précaire. Ces migrants viennent aujourd’hui en majorité de la Syrie, de l’Erythrée et de la Somalie et doivent traverser le désert à l’aide de réseaux de passeurs pour atteindre la Libye.

  Les températures atteignent souvent plus de 40°C dans ces paysages infinis de sable et les migrants sont confrontés à un manque extrême d’eau, de nourriture et de médicaments. En chemin, il n’est pas rare de retrouver des migrants morts, abandonnés par les passeurs. Paolos, 24 ans, erythréen témoigne dans l’article « Réfugiés : le piège libyen » de l’association Amnesty International : « Nous avons vu [les trafiquants] jeter un homme [en dehors du camion] dans le désert. Il était encore en vie. C’est une personne handicapée. »

Arrivés en Libye, c’est seulement le début d’un long calvaire pour les migrants, toujours détenus par les trafiquants qui veulent extorquer une grosse rançon à leurs familles. Les migrants sont souvent menacés, battus, torturés, exploités, violés ou vendus à desbandes criminelles par les trafiquants afin de récupérer de l’argent. Une femme de 22 ans, érythréenne, a assisté au viol d’une femme et témoigne dans le même article : « Sa famille ne pouvait pas encore verser de l’argent aux trafiquants. Ils l’ont emmenée, et elle a été violée par 5 hommes libyens. Ils l’ont ramenée plus tard dans la nuit. Personne ne s’est opposé. Tout le monde était effrayé ». L’OIM, qui dépend de l’ONU, a alerté sur des cas de viol, de torture, et de séquestration qui se multiplient à l’égard des migrants.

Toujours en attente de l’adoption d’une constitution, la situation en Libye reste chaotique depuis la chute de Mouammar Kadhafi, dictateur de 1969 à 2011.  La Libye, 8 ans plus tard, n’a toujours pas su se relever et se cherche toujours un avenir. Aujourd’hui, deux autorités rivales se disputent le territoire et son accès au pétrole ; d’un côté, Fayez al-Sarraj est basé à Tripoli (capitale de la Libye) et est reconnu par l’ONU. D’un autre côté, l’armée nationale libyenne de Khalifa Haftar est basée à Tobrouk et est soutenue par l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite. Cette dernière contrôle la majorité du pays et de ses réservoirs de pétrole. De plus, des groupes jihadistes comme l’Etat islamique ou Al-Qaïda tentent d’accroître leur influence en Libye. 20 millions d’armes circulent dans ce pays de 6 millions d’habitants. La Libye est enfermée dans un niveau d’instabilité profonde avec un réseau élevé de trafic d’êtres humains. 

C’est un pays divisé et meurtrier qui anéantit l’homme et son appartenance à une communauté ;

« Un endroit pire que la Libye, cela n’existe pas. Même les enfants nous jetaient des pierres, »

affirme Mamadou, 16 ans, Sénégalais, dans l’article du 8 mars 2017 du journal Jeune Afrique.

Le journal La Croix affirme dans son article du 23 novembre 2016 que 1/4 de la population en Libye a besoin d’une aide humanitaire selon les rapports de l’ONU.  Sur le pont de navires de sauvetage en mer Méditerranée, il n’est pas envisageable de bloquer ou de renvoyer les migrants en Libye. Les ONG dénoncent des conditions effroyables pour les migrants dans ce pays.

Cependant, l’Europe n’accueille pas facilement les migrants à la dérive sur des canots libyens ou repêchés par les bateaux des ONG car la question de l’accueil des migrants reste complexe, déchaînant inquiétudes et peurs. Cela se manifeste chez les personnes qui lient l’immigration au terrorisme et aux problèmes économiques de leur pays.

Les politiciens européens n’ont pas d’autre choix que de s’entendre et de trouver de toute urgence une solution pérenne pour mettre fin au calvaire des migrants traversant la Libye.

par Camille Fournier 

Illustration de Emna de Francesco